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Faillites d’États : une constante de 800 ans de crises !

Kenneth Rogoff, professeur d’économie à l’Université de Harvard, estime que les risques de faillites d’Etat ont toujours été sous-estimés.

Il est très difficile de prévoir l’éclatement d’une crise financière. Une crise financière dépend de facteurs humains souvent imprévisibles comme la confiance. Il existe de plus toujours des problèmes insoupçonnés.

Par contre, il est possible affirmer quand un pays devient vulnérable à une crise ; hausse forte et rapide des dettes publique et privée, afflux massif de capitaux étrangers et explosion des prix des actifs, en particulier de l’immobilier. Voici les facteurs à surveiller, surtout si la croissance économique ralentie.

Une fois que la crise a éclaté, nos travaux nous ont permis de prédire avec une grande précision ce qui se passe.

La dette publique d’un Etat augmente de 86% en moyenne, mais pas à cause des banques…

Lors d’une crise économique, les recettes fiscales de l’Etat plongent. Dans un même temps, les gouvernements mènent des politiques de relance agressives creusant les déficits publics. Il convient de restaurer la confiance des acteurs économiques (entreprises, ménages).

Il faut retirer graduellement et prudence ces plans de relance. A défaut, la dette publique explose et provoque à son tour une deuxième crise économique.

La crise va-t-elle durer ?

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore l’Irlande souffrent énormément. Ces pays se trouvent à l’épicentre de cette crise.

Ainsi, aux USA le chômage ne devrait pas redescendre en dessous de la barre des 10%, avant la fin 2011. La baisse du chômage sera lente et la croissance restera molle.

Si le pire est derrière nous, nos recherches montrent que lorsque survient une crise d’une telle grande ampleur, une «réplique» survient généralement quelques années plus tard, sous la forme d’une crise de la dette publique.

Des faillites parmi les Etats européens ?

La Grèce sera chanceuse si elle parvient à éviter une restructuration de sa dette. Le défaut de paiement n’est pas à exclure en Irlande, au Portugal et même en Espagne.

Certains pays d’Europe de l’Est sont en grandes difficultés. Le Fonds monétaire international se montre généreux avec eux.

Des problèmes pourraient survenir à des endroits inattendus, comme en Amérique latine ou en Asie.

Quid du projet franco-allemand de mécanisme de restructuration des dettes publiques ?

On dit toujours que les Etats ne font jamais faillite. Cependant sur une longue période, cela arrive périodiquement. Dans ce contexte, un mécanisme de restructuration de la dette permet de dédramatiser le processus. C’est donc une bonne idée.

Un tel mécanisme rend les investisseurs plus nerveux lorsqu’ils prêtent aux Etats, ce qui est en fait une bonne chose. Jusqu’à ce jour, ils reçoivent une prime de risque lorsqu’ils prêtent à un Etat européen en difficulté…tout en sachant que ce dernier ne peut pas faire faillite.

Faire payer un risque qui n’existe pas, n’est pas acceptable.

Une telle situation se reproduit à chaque crise. Le Fonds monétaire international est confronté à ce problème à chaque fois qu’il intervient auprès des Etats en difficultés.

L’Union européenne a-t-elle favorisé l’apparition de cette crise?

L’adoption de l’Euro a accéléré la montée en grade de pays européens émergents, comme la Grèce ou le Portugal. Ces pays, qui ont connu leurs dernières restructurations respectivement en 1970 et 1983, ont reconquit plus rapidement la confiance des investisseurs.

Cela s’est finalement révélé être une erreur. Il eut été plus judicieux de laisser plus de temps à ces pays pour réaliser leur transition vers une économie développée.

Quant à l’arrivée prochaine de l’Estonie au sein de la zone euro, c’est la Suède, très exposée à la dette de ce pays balte, qui se frotte les mains ; La dette estonienne sera, en effet, bientôt garantie par l’appartenance de l’Estonie à la zone Euro.

«Cette fois, c’est différent, Huit siècles de folie financière», Carmen, M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff, éditions Pearson.

Date: 10.11.2010.