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Europe: la faillite d'un Etat membre envisageable.
En dépit des assurances répétées de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la Commission de Bruxelles, selon lesquelles un défaut souverain européen est impossible, les investisseurs internationaux pensent qu'ils vont être mis à contribution pour sortir la Grèce, l'Irlande et le Portugal de l'impasse budgétaire.
Un tabou définissant toute la politique européenne de gestion de la crise financière est en train d'être levé en ce moment. La Banque Centrale Européenne (BCE) et la Commission de Bruxelles ont beau crier au danger, l'idée d'une restructuration des dettes de la Grèce, de l'Irlande et peut-être du Portugal, est envisagée par de nombreux acteurs.
Certains dirigeants politiques européens ont d’ailleurs publiquement évoqué le sujet. C'est en Allemagne Fédérale que la brèche a été ouverte : après la sortie remarquée de Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, qui a parlé des possibles pour la Grèce, le numéro deux du ministre des Affaires étrangères a estimé que la restructuration de la dette hellénique ne serait pas un désastre.
Les rumeurs de discussions à ce sujet entre les dirigeants européens vont aussi bon train. Samedi, le ministre grec des Finances, a affirmé à Washington qu'une restructuration de la dette de son pays n'était pas à l'ordre du jour, alors que l'ancien premier ministre Costas Simitis y est favorable.
Du côté des marchés, cela fait un certain temps qu'on se prépare à une restructuration de ces dettes. La décote sur les titres des pays les plus fragiles de la zone euro et le degré de risque mesuré par les « CDS » (Credit Default Swaps) sont à des niveaux très élevés. Les obligations périphériques de maturités courtes affichent les taux les plus vertigineux, ce qui signifie que les marchés s'attendent à des pertes sur ces titres.
Sur l'ensemble de la dette grecque, les opérateurs anticipent un niveau de pertes de l’ordre de 30 %. Le risque de défaut existe en Europe et il vaut mieux en contrôler les développements plutôt que de revivre le désordre qui a suivi la chute de Lehman Brothers, prévient un représentant de Pimco, l'un des plus gros gestionnaires de fonds obligataires au monde.
Plus les marchés s'y préparent, plus cette perspective devient possible, entend-on désormais dans les cercles des décideurs économiques et politiques. L'alternative est aussi perçue comme encore pire : les efforts demandés aux populations des pays comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal pour que leurs comptes publics retrouvent un certain équilibre sont difficiles politiquement et aussi contre-productifs pour l'amélioration budgétaire puisqu'ils risquent de tuer la croissance économique.
Un nouveau tournant :
Autoriser la restructuration des dettes souveraines de ces pays ou celle de la dette senior de leurs banques, comme en Irlande, marquerait un nouveau tournant, depuis l'explosion de la bulle des subprimes, en 2007. Car ce serait la deuxième fois, après la faillite de Lehman Brothers, que les détenteurs d'obligations seraient, à une grande échelle, mis à contribution au même titre que les contribuables pour payer les excès des années de bulle.
Une telle décision est potentiellement lourde de conséquences. Certains analystes pensent que le plus tôt sera le mieux pour stopper la dégradation des comptes publics. Beaucoup estime que les autorités attendront 2013 et que c'est bien ainsi car cela permettra aux banques d'être plus solides et à l'Espagne de prouver qu'elle est crédible.
Date : 18.04.2011.
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